Livre d'or

Le pasteur Jean-Marc SAINT s'exprime à propos des tableaux du temple d’Abreschviller :

Jean marc saint 1

 

Le pasteur d’Abreschviller m’a demandé de le remplacer. Impossible de refuser ce service, mis à part l’amitié que j’éprouve pour le  titulaire, servir dans l’église de ce village au pied du versant  lorrain des Vosges me remplit toujours de joie : « A thing of beauty is a joy for ever ! »

La paroisse est petite, mais chaleureuse, elle se réunit dans un lieu modeste mais brillant. C’est l’un des rares sanctuaires protestants de  France qui associe l’art contemporain, l’architecture néogothique et  la liturgie sans qu’ils se contrarient. Aussi, j’aime y jouir de la clarté l’inondant de son silence et y parler sans le rompre, ou l’obscurcir.

L’église protestante d’Abreschviller a été restaurée avec bonheur  sous la conduite du pasteur Philippe François. Des teintes discrètes  couvrent ses murs intérieurs, qui mettent en valeur les tableaux peints en couleurs chaudes de Pascal Henri Poirot accrochés de part et d’autre de la nef au-dessous ou entre ses fenêtres. Qu’on y aille donc et qu’on s’y assoie en paix un moment… Et si l’on ne peut aller s’arrêter dans ce village du versant lorrain des Vosges au pied du col du Donon, qu’on se fasse au moins une idée de la chose en regardant les photos présentées sur ce site.


Qui pénètre dans l’église, est invité à laisser derrière lui le Déluge (à droite au fond de la nef) et la Tour de Babel (dans le vestibule) pour entrer dans un monde en construction. Il voit des échelles, des poutres, des bâtiments en édification, puis à droite du chœur et de la crucifixion en grisailles, son regard s’arrête sur une Pentecôte simplement représentée par une bâtisse hexagonale aux portes et aux fenêtres ouvertes, une maison d’un jaune d’or aux entrées et aux sorties multiples, dont il peut traverser l’espace sans que rien ne l’y retienne ni ne l’emprisonne : une « fin » sans fin, photophore d’un monde humain, sanctuaire sans image d’un divin tout en tous.

J’étais chargé de lire l’évangile du 2ème dimanche de l’Avent et d’en dire quelques mots; un texte de Saint Matthieu tissé d’images et d’expressions communes dans la littérature qu’on dit «apocalyptique». Ce mot grec se traduit par «dévoilement » ou par « révélation ».  
Une apocalypse serait un dévoilement des événements de la fin du monde. Qu’y a-t-il derrière les désastres de l’histoire?  
Naturellement, ce que les apocalypses révèlent n’est pas ce qu’elles rapportent en fait de bruits de guerre, de tribulations, de désastres. Cela ne nécessitait aucune révélation; les gens le sentaient dans leur chair. Ces choses-là à vues humaines si inéluctables, si insurmontables, si indépassables, inspiraient l’idée qu’elles ne viendraient à leur terme qu’au moyen de cataclysmes politiques ou cosmiques, sous la menée du seul le Maître de l’histoire.

Alors, des « voyants » aux marges des judaïsmes et des christianismes s’ingéniaient à repérer (révéler) dans les circonstances de leur temps les « signes » prémonitoires, de la der des ders, de la fin des fins, voire à en composer le calendrier, comme aujourd’hui en témoins évidents d’un « choc des ignorances » certains sectaires du siècle assimilent sans vergogne nos désastres aux phases ultimes d’une guerre mondiale du Bien et du Mal dont ils sont à coups sûrs les  champions.

L’évangile du dimanche supposait cette toile de fond dramatique, dont  il reprenait quelques images et quelques expressions, pour montrer qu'il est vain de spéculer sur ce que « Dieu seul sait !» et du coup il invitait l’Église chrétienne à « veiller résolument ». Devant les « chantiers » de l’église d’Abreschviller, une conclusion s’imposait, que j’ai résumée avec un « propos » attribué à Martin Luther. Alors qu'on lui demandait ce qu’il ferait aujourd’hui si la fin du monde était pour demain, il aurait répondu : je planterai un pommier.  
Réponse de normand ? Non, réponse de sage !
4 décembre 2007.

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Envoyé par SAINT dans TRACES le 12/12/2007 04:29:00 PM
 

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